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Zonebourse.com, le 16/04/2010
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(Zonebourse.com) - France Télévisions a annoncé, mardi 13 avril, "la suspension des négociations exclusives engagées en vue de la cession de la majorité du capital de sa filiale France Télévisions Publicité". Patrick de Carolis, le président de France Télévisions obtient gain de cause quitte à froisser le Président de la République, favorable à la privatisation de la régie publicitaire et Stéphane Courbit, repreneur potentiel. Tour d'horizon des enjeux de cette saga médiatique.

Supprimer la publicité
Tout commence en juin 2008 lorsque Nicolas Sarkozy annonce la suppression de la publicité sur le service public. Cette décision entre en vigueur le 5 janvier 2009. Dès lors on s'interroge : sans publicité, comment la régie va-t-elle survivre ? Autant la vendre, cela permettrait de financer la télévision publique en limitant la hausse de la redevance. C'est décidé, France Télévisions ouvre 70% de son capital.

Dès juin 2009, les candidatures pleuvent. On les examine minutieusement. C'est finalement Stéphane Courbit, qui, au terme du conseil d'administration du 3 février 2010, sort vainqueur. Son offre lui ouvre les portes des négociations exclusives.

Pourquoi s'intéresser à une régie amputée de la majeure partie de son activité ? Même si la publicité est amenée à disparaitre totalement du service public, d'autres activités, comme le parrainage d'émissions, de programmes courts, le sponsoring événementiel, la commercialisation d'espaces sur internet et à la radio, sont appelées à se développer. Et ça, Stéphane Courbit l'a bien compris.

Un conseil d'administration explosif
L'affaire semblait conclue. Le conseil d'administration votait la privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions et la holding LOV Group de Stéphane Courbit, épaulée par le groupe Publicis, dirigé par Maurice Lévy remportait, tout sourire, la majeure partie du capital. C'était sans compter sur le pouvoir de persuasion de Patrick de Carolis.

Car voilà, le conseil d'administration a voté. Et à dix voix contre cinq, la privatisation de la régie publicitaire est suspendue sine die. Aucune nouvelle date n'est arrêtée. Patrick de Carolis, opposé au projet, a su convaincre les membres du conseil mis à part cinq représentants de l'Etat. Quels ont bien pu être les arguments du patron de France Télévisions ? Comment expliquer un tel revirement de situation ?

"Une incertitude substantielle"
Tels sont les termes que France Télévisions emploie dans son communiqué de presse pour justifier sa décision. Le débat autour du maintien ou non de la publicité avant 20 heures est la pomme de discorde. Revue des événements ayant précipité la suspension du projet de cession.

La première faille est ouverte par Jean François Copé, qui annonce la semaine dernière un projet de proposition de loi en faveur du maintien de la publicité sur les chaînes publiques. Et là, tout s'accélère. Pour Patrick de Carolis, ce débat change la donne.

Explications. Lorsqu'en février, France Télévisions ouvre les négociations exclusives avec Stéphane Courbit, associé à Maurice Lévy de Publicis, la disparition totale de la publicité sur les chaînes du groupe est prévue. Le consortium signe pour le rachat d'une régie qui ne vend que du parrainage d'émission ou de l'espace sur internet. Deux mois plus tard, le débat autour du maintien de la publicité revient sur le devant de la scène. Or, une régie publicitaire qui commercialise des écrans publicitaires très sollicités ne représente pas le même enjeu financier.

Un problème de déontologie
Stéphane Courbit crée en janvier 2008 Banijay Entertainment, composée de plusieurs sociétés de production, dont celle de Nagui, un des maillons forts de France Télévisions. Se pose alors la question de la compatibilité des métiers de producteur et de régisseur. Cette contradiction, vue comme conflit d'intérêt, a pu menacer le rachat de la régie par Stéphane Courbit.

Enfin, la rumeur (non confirmée par l'Elysée) circulant sur la nomination d'Alexandre Bompard - actuel patron d'Europe 1 - à la tête de France Télévisions n'a pas du adoucir Patrick de Carolis, dont le mandat s'achève en août 2010 et qui n'a plus rien à perdre. On peut alors comprendre que cette nomination précoce n'ait pas motivé Patrick de Carolis à clore le dossier, si cher à Nicolas Sarkozy.

Des hommes en colère
La loi sur l'audiovisuel public voulue par Nicolas Sarkozy prévoit la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques en 2011. Le Président, très attaché au projet de privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions espérait imposer au conseil d'administration la vente de la FTP. En s'y opposant, Patrick de Carolis a lancé un véritable bras de fer entre lui et le chef de l'Etat.

Quant à Stéphane Courbit et Maurice Lévy, ils se sont dits "très surpris, voir choqués" (figaro.fr du 13/04). Même si le groupe France Télévisions n'a pas totalement fermé la porte au consortium, le tandem voit sa part du gâteau s'éloigner.

"La suite après une courte page de publicité"
Le doute reste total quant au maintien ou non de la publicité la journée. Si elle est maintenue, le repreneur sera obligé de revoir son offre à la hausse. Mais il faudra être patient, car la venue d'un nouveau président à France Télévisions exige la nomination du chef de l'Etat, puis la validation par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et par le Parlement. Autant dire, que le prochain patron de France Télévisions ne prendra pas la direction opérationnelle du groupe avant mi juin.

On comprend mieux pourquoi les députés UMP sont si pressés de faire adopter la proposition de loi du sénateur Jack Ralite sur le maintien de la publicité.

La saga continue...


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