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Warren Buffett, "Géo Trouvetou" pour le compte de la Fed
Zonebourse.com, le 09/02/2010
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(Zonebourse.com) - Warren Buffett aurait soufflé ses meilleures idées à l'oreille d'Henry Paulson. L'ancien gouverneur de la Réserve Fédérale américaine vient de publier un récit intitulé "On the brink" ("A deux doigts"), où il nous fait pénétrer discrètement dans l'intimité des grands argentiers. Ce sont surtout ses rapports avec Warren Buffett que reprend le site de l'Omaha World Herald (08/02), feuille locale d'Omaha, berceau du patron de Berkshire Hathaway.

Paulson décrit tout d'abord comment il a tenté de convaincre Buffett de venir au secours de Lehman Brothers. En mars 2008, Le patron de la banque, Dick Fuld, avait confié à Paulson son désir d'appeler Warren Buffett pour lui demander de soutenir sa firme.

Le 28 mars, le jour de l'anniversaire de Paulson, celui-ci se prélasse sur son canapé en regardant une chaîne sportive (sic), quand Fuld l'appelle : il vient d'avoir Buffett, mais celui-ci est hésitant ; Fuld demande à Paulson d'appeler son ami Warren pour lui transmettre la "bonne parole".

À son corps défendant, Paulson finit par appeler Buffett qui, heureux hasard, était en train d'éplucher les comptes de Lehman Brothers. Paulson dit à Buffett qu'il n'en sait pas plus que lui sur la situation financière réelle de Lehman, mais il lui fait remarquer qu'un investissement de l'Oracle d'Omaha aurait un effet positif sur les marchés.

Buffett admet la pertinence de l'argument mais il décline finalement l'offre.

Il est bien sûr impossible de refaire l'histoire et nul ne sait ce qu'il serait advenu de Lehman si Buffett y avait mis ses billes. Toujours est-il que la banque est tout de même parvenue à lever 4 milliards de dollars... ce qui ne l'a pas empêchée de tomber en faillite. Comme quoi, le flair de Buffett reste une valeur sûre.

Un homme en or pour Goldman
En revanche, Paulson explique que Warren Buffett lui a retiré une douloureuse épine du pied en apportant 5 milliards de dollars à Goldman Sachs. Avec un rendement perpétuel de 10% et la garantie de pouvoir transformer ses obligations en actions, l'opération était tout sauf philanthropique pour Buffett.

Mais l'investissement de l'homme d'affaires a donné un signal fort au marché et a permis à Goldman Sachs de surnager. De l'aveu même de Buffett, l'opération n'a pu se faire que grâce au programme de reprise des actifs bancaires toxiques (TARP) mis en place par Paulson et Bush Jr.

What's up, Hank ?
Un soir, après une conférence financière internationale, Paulson rentre chez lui et apprend que Warren Buffett a tenté de le joindre. N'ayant pu rappeler, il finit par se coucher et se fait relever au beau milieu de la nuit par un nouvel appel de Buffett : il vient d'avoir une idée géniale. Le temps de réaliser qu'il s'agit bien de Warren Buffett - et non de "Warren", l'homme-à-tout-faire/bricoleur de sa mère... - Paulson est tout ouï.

Encore engourdi de sommeil, "Hank" écoute Warren lui expliquer qu'il faut taxer à 5 ou 6% les banques qui profitent du programme TARP ; un taux suffisant pour rétribuer le contribuable américain et assez bas pour attirer les compagnies financières. Dans quelques temps, le taux pourra passer à 9% pour inciter les banques à rembourser les sommes prêtées.

Après le coup de fil, Paulson macère l'idée pendant une demi-heure sur son fauteuil. Évidemment, pense-t-il, Warren Buffett défend son intérêt personnel dans cette proposition puisqu'il est présent au capital de Goldman et Wells Fargo. Mais il finit par admettre que c'est exactement le genre de modèle économique qu'il recherche depuis plusieurs jours. C'est cette version "en deux temps", soufflée par Buffett, qui sera finalement adoptée par le Congrès.

"Décidément, ce Warren là est aussi un sacré bricoleur", conclut Paulson.


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